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17
juil 2012
Posté dans Non classé, Texte par nonobi à 1:08 | Pas de réponses »

J’entrai dans la serre, un peu angoissé à l’idée de ce qui m’y attendait.

La serre était rempli de diverses plantes, qui survivaient tant bien que mal au froid ambiant, aussi je les regardait d’un oeil morne. J’avais visité des serres bien plus grandes et autrement plus riches qu’ici, mais je voulais jouer le jeu jusqu’au bout. Au fur et a mesure que je m’enfonçait dans la serre  je m’aperçus que les roses prenaient de plus en plus d’espace.

Effectivement j’avais vu beaucoup de choses en ville mais je ne m’attendait certainement pas à cela lorsque j’entrai ici. Les roses étaient pleines, d’une couleur rouge sang vif, odorantes à en faire tourner la tête, les fleurs étaient de toute beauté.

Je ne m’étais pas encore remis de mes émotions qu’enfin je distinguai au fond de la serre Elisabeth.

Comment retranscrire la vision qui s’imposa à moi sans me faire paraitre pour un menteur? Je ne sais pas trop à vrai dire, tant il est indéfinissable de décrire ce que j’avais devant les yeux. Mon cœur se mit à palpiter dans ma poitrine, mes mains se mirent à suer déplaisemment, mon souffle était coupé.

Elisabeth était depuis ma venue au village que dis-je , depuis ma venue au monde la chose, l’être le plus merveilleux qu’il m’ait été donné de voir.

La jeune femme était assise au milieu de ses fleurs, semblant leur parler. Une rose parmi les roses me dis-je dans une envolée poétique.

La lumière reflétée par les vitres tombaient comme un halo lumineux sur la jeune fille.  Elle était d’une blondeur exquise, sa chevelure descendait en sages vagues le long de son dos longiligne. Chacun de ses gestes étaient mus par de gracieux mouvements. Sa peau diaphane faisaient ressortir presque douloureusement de sombres et grands yeux bleus mélancoliques.  Son visage ne souffrait aucun défaut, pas un grain de beauté, pas un pli, comme créé dans un marbre blanc.

Elle tourna son visage vers moi et me sourit.

« Vous devez être William? Me demanda-t-elle d’une voix qui trahissait sa jeunesse. Je trébuchai contre une racine que je n’avais pas vu, embêté de me trouver aussi démuni face à une femme, ce qui n’avait jamais été mon cas jusqu’à présent.

« Eh bien, oui, il me semble, répondis-je penaud.

Elisabeth pencha la tête sur le coté, semblant écouter quelquechose que je ne pouvais entendre.

« Comme c’est étrange, cela fait tellement longtemps que nous n’avons reçu aucune visite. Comptez-vous rester longtemps?

Je m’avançais encore plus,  presque apeuré à l’idée d’être ébloui par une lumière divine.

« Je ne sais pas » dis-je avant d’atteindre le banc sur lequel elle était assise. Puis-je m’assoir à coté de vous? M’aventurais-je.  Elle opina de la tête et enfonça sa main dans une corbeille d’osier qui était à ses pieds. Je m’étonnais qu’aucun chaperon ne vienne prendre part à notre rencontre mais ne put me résoudre à détacher mon regard d’Elisabeth.

« Tante Eleonor souhaiterait vous avoir pour déjeuner. Me ferez-vous l’honneur de votre présence?

Elisabeth émit un mmmmmm énigmatique.

« Oui, oui pourquoi pas. Je n’ai pas souvent l’occasion de diner avec mère » puis elle se tourna vers moi et posa ses yeux sur mon visage, et je compris à cet instant qu’elle ne me voyait pas.

« En effet je suis aveugle cher cousin. Cela vous choque-t-il? Avant de me demander comment elle avait pu deviner mes pensées, je balbutiais maladroitement une réponse négative qui lui fit étirer de fines et appétissantes lèvres roses. Savez-vous ce que l’on dit de moi au village? Les villageois pensent que je suis une sorcière. » Elle prit une pause, comme si tout d’un coup ses paroles se perdaient dans un monde intérieur. Je crus déceller une parcelle laconique, presque peinée dans le bleu pale de ses yeux. « Pensez-vous que je suis une sorcière William? »  Ravir le coeur et les yeux d’un étranger dès la première rencontre pourrait effectivement relever d’un mystérieux pouvoir, mais j’aurais dit qu’il faisait plus partie d’une merveilleuse magie que d’une infamie quelconque. Je ne pus que secouer négativement la tête , mais  malgré le fait qu’elle n’aie pas vu  ma réponse elle sembla retrouver une lueur vivante au fond de ses prunelle puisqu’elle sortit de la corbeille de quoi trancher les tiges des roses fanées.

Je regardais les pétales rouge sang tomber définitivement sur le sol, fasciné par la facilité avec laquelle Elisabeth se débarrassait de fleurs fanées. Comment faisait-elle pour les reconnaitre avec des yeux baignant dans un eternel noir? Je humais le parfum de la jeune fille, a force de baigner dans ses fleurs leur parfum semblait s’etre incrusté en elle. Quel délicieux parfum!

Elle remit son instrument dans la corbeille qu’elle prit négligemment  et se releva. Je fis de même et lui tendit un bras auquel elle enroula une très légère main. Je me rendis compte à quel point la jeune fille était frêle, j’aurais pu si j’avais voulu la soulever sans aucune difficulté et je n’étais pas d’une constitution d’athlète pourtant.

« Il va pleuvoir, me dit-elle » Je l’accompagnais jusqu’au manoir et nous fûmes rejoint par Edouard, qui essayait de nous rattraper tant bien que mal.

« Mademoiselle, je dois vous conduire dans votre chambre. » Il arracha presque la main d’Elisabeth de mon bras et me lança un regard plein de soupcons.

« J’accompagnais Elisabeth vers le manoir, me défendis-je, comme si j’essayais de cacher un quelconque méfait. Je ne reçu en réponse qu’un grognement sourd derrière la barbe du viel homme.

« Au revoir cousin, nous nous reverrons pour déjeuner! me dit-elle en souriant. Je la laissai partir, subjugué et regardai le ciel, clair et sans nuage.

 

Ce fut sous une pluie torrentielle qu’Anna nous servit le déjeuner. La pluie battait violemment contre le manoir en une guerre qu’elle avait déjà gagnée. Le manoir fuyait de tous les cotés et des casseroles receuillaient avec avidité la tempête qui nous tombait dessus. Je pensais avec tristesse que la fortune de ma tante avait du à la manière de la grandeur du manoir, s’envoler bien loin de mes considérations terrestres. Le déjeuner était toutefois réhaussé par la présence d’Elisabeth qui était assise en face de moi. Il ne pouvait y avoir meilleur paysage pour mes yeux désabusés.

 

 

 

 

 

13
juil 2012
Posté dans Texte par nonobi à 1:30 | Commentaires fermés

Je décidai donc afin de combler l’ennui qui je sentais allai bientôt me submerger, de faire le tour de la propriété.

Le moins que je puisse constater, c’est que le domaine avait été laissé à l’abandon. Les jardins n’étaient pas entretenus, les portes claquaient négligemment contre les murs, amputés souvent d’un gond. La bâtisse en elle-même était grande et disposait de plusieurs ailes assez spacieuses. Je n’osais imaginer le montant qu’il aurait fallu débourser pour remettre à neuf le manoir. Je marchai sans but précis, m’interrogeant comme toujours sur le sens de la vie. J’avais dans l’idée un jour de publier éventuellement un livre sur ma vie, mais a bien y réfléchir elle n’était pas spécialement intéressante, et il aurait fallu que j’améliore mes talents d’écriture avant d’espérer la moindre reconnaissance.

Mes pas me portèrent vers une remise en bois d’où s’échappaient un martèlement métallique. Je poussai la porte et regardai l’intérieur. Les instruments les plus divers étaient rangés sur les murs, un hache, un marteau, des cisailles. Le sol était sale et jonché de vielles herbes mortes. Au centre se tenait un viel homme qui clouait une planche sur une autre. Il se releva de son ouvrage et me détailla des pieds à la tête avec un expression de défiance à peine cachée.

L’homme avait une barbe blanche qui lui couvrait le bas du visage, et le reste était sali par des traces qui devaient être dues aux travaux qu’il menait. Il se tenait droit autant qu’il pouvait mais son âge devait commençait à lui peser car il dut s’appuyer contre un instrument de la remise afin de bien me regarder. Je ne me targue pas d’être grand, mais je ne suis pas spécialement petit, je ne suis pas non plus tout en muscle mais  je suis plutôt bien proportionné et mes traits ont souvent été décrits comme charmants. J’ai même eu droit une fois à un « beau ». Je dois ajouter que ce dernier terme me venait d’une jeune femme particulièrement aventureuse que j’avais à peine payé.

- »Vous êtes William hein? » Me dit le viel homme presque comme un reproche.

« En effet, dis-je amusé je ne sais pour quelle raison, je suis venue voir ma tante et je compte rester un moment, ajoutais-je en défi bien que je n’en avais nulle intention.

L’homme sembla mastiquer mes mots comme un tabac passé et les avaler avec ostentation.

-On n’y peut rien je suppose, vous êtes de la famille après tout. Puis il prit les planches et résolut de les sortir à l’extérieur. Je le suivai donc avec curiosité.

-Est-ce vous qui vous occupez du domaine, demandais-je.

L’homme prit une brosse qu’il plongea dans un pot de peinture et recouvrit la première planche avec.

« Oui, on peut dire ça. Je m’occupe de la maison et des terres depuis la mort de Monsieur… puis il se permit de souffler un moment pour s’éponger le front, manifestement travailler intensément devait être fatiguant.

-Mais… continuais-je tout en essayant de trouver de quoi m’assoir sans succès, pourquoi n’engagez-vous pas quelqu’un pour vous aider à faire les travaux par exemple? Il me semble qu’un seul homme contre le manoir est bien peu au regard de ce qui doit être fait.

L’homme s’aretta de peindre la planche et tourna un œil ridé vers moi.

-Vous les gars de la ville, vous vous exprimez avec tellement de… d’emphase! J’imagine que vous avez dû en séduire des jeunes filles écervelées avec ce genre de discours. Eh bien sachez mon bon monsieur qu’ici nous sommes deux employés à temps plein, et nous n’avons vraiment pas le temps de souffler. Oh, nous avons bien engagé du personnel mais ils ont tôt fait de s’en aller,  apeurés par les rumeurs du village…

Je me remémorai ce que les enfants m’avaient dit quand j’avais décidé de venir jusqu’à Fortolk. Je trouvais enfin quelqu’un d’un tant soit peu sain parmi ces délires de sorcellerie.

-Ah, oui je vois de quoi vous parlez…les histoires de sorcière, et de forêt maudite.

-Il n’y a pas de sorcière ici! Se fâcha l’homme en agitant la brosse dans tous les sens, faisant pleuvoir des gouttes de blanc dans tous les sens

-Oui, je suis d’accord avec vous- Commençais-je

-Ce sont les villageois! Ce sont eux qui sont maudits! Et ils rejettent la faute sur cette pauvre fille. En vérité, en vérité un jour ils devront payer pour leurs crimes.

Je levai les yeux au ciel, puis je vérifiai qu’aucune goutte de peinture n’avait souillé mon costume. Quelle folie s’était donc emparé du pays?

-Peut-être que tante Eleonor pourrait user de sa fortune a meilleur escient, m’aventurais-je prudemment.

L’homme plissa les yeux et j’aurais pu le jurer, essayait de sonder mes pensées comme un crabe que l’on décortique sauvagement, mais  se remit à son ouvrage. Il se plongea intensément dans la peinture de cette planche et ne me prêta plus attention.

Je retournai vers le manoir, déçu de n’avoir pas avancé dans ma recherche et me posai sur la table de ma chambre. J’ouvris un cahier que j’avais amené afin de commencer mes mémoires. Quand il m’apparut évident que je n’allais pas coucher une seule ligne sur la page, je me mis à faire de petits dessins. Je me levai, me posai à coté de la fenêtre pour contempler l’horizon. La forêt remplissait tout mon champ de vision, ses contours sombres se taillaient des angles pointus dans le lointain. La lumière décrut un peu, j’aperçus la petite rouquine de tout à l’heure marchant à toute allure, tenant dans son poing serré le cou d’une oie apeurée. Je me rassis et continuai mon ouvrage tant bien que mal. Quelques lignes m’apparurent évidentes à écrire, je commençais ainsi :  »

In a deep dark forest there is a beast without a name

the people living here always live in fear »

Puis j’entendis que l’on toquait à ma porte. J’ouvris et me trouvai en face de l’employée de maison.  La jeune femme baissa la tête, visiblement impressionnée de me voir si près, puis balbutia quelque chose que je compris à peine.

« Le diner est servi? » Elle hocha la tête et disparut à toute allure dans les escaliers. Je regardais à nouveau à travers la fenêtre, effectivement le soir s’était couché. Je me préparai donc sommairement et descendit rejoindre ma tante dans le salon ou quelques heures plus tôt nous avions mangé.

12
juil 2012
Posté dans Non classé par nonobi à 1:48 | Commentaires fermés

Je suivais ma tante avec toutes les peines du monde. J’avais tellement faim que le chandail rugueux qu’elle portait me semblait appétissant, mais j’essayais de ne pas trahir l’image de parfait neveu que j’allai essayer d’imposer à l’occasion de ma venue.

Tante Eleonor me montra les tableaux qui ornaient les murs du manoir. Entre deux pans de murs déchirés, j’aperçus avec méfiance les portraits de mes ancêtres me dévisageant d’un air sévère.

« -Comment va donc ma très chère sœur me demanda-t-elle tout d’un coup en se retournant vers moi. Je faillis me cogner contre ma tante, surpris par ce soudain élan familial.

-Elle est morte il y a de cela deux ans. N’étiez-vous pas au courant chère tante?

Je le sentis vaciller un très léger instant avant qu’elle ne reprenne le dessus et resserre un peu  plus le chandail autour de ses épaules.

-Il fait si froid ici, me dit-elle en murmurant, et je dus me pencher pour partager ce douloureux secret avec elle. Je ne me fus pas aussitôt penché que je me sentis vaciller et me rattrapai au dernier moment à la rambarde de l’escalier.

« Mon pauvre William, je n’aurais pas du parler de cela, à l’évidence sa perte est encore un souvenir qui vous fait mal.

J’avais surtout très faim.

Nous passâmes devant une énorme horloge dont les aiguilles étaient arrêtées sur 5H30. Pourquoi n’avait-elle pas été réparée? Je n’en avais aucune idée, toujours est-il que ma tante se raidit d’un coup et m’assena d’un ton fermement résolu:

« Venez,  il faut que vous mangiez, vous n’avez que la peau sur les os mon neveu. » Je regardais l’heure à mon gousset: il était exactement une heure.

La table avait déjà été dressée, mais il manquait un couvert à l’évidence: le mien. Je m’assis sur une chaise en face de ma tante et comme par magie une employée de la maison apparut pour servir et poser mon assiette. La jeune femme aussi rousse qu’étonnée était rapide à la tache et d’une dextérité exemplaire.  Le repas nous fut servi avec mille précautions et je dus me contenir pour ne pas me jeter sur la nourriture sitôt qu’elle fut mise sur la table. j’entendais un étrange « ouhouhou » que faisait le vent à l’extérieur. Je n’avais jamais réalisé à quel point le vent pouvait avoir une voix grave. Tante Eleonor semblait elle aussi écouter la complainte glaciale puis alluma le chandelier en face d’elle malgré le fait que nous étions au milieu de la journée.

L’employé de maison nous servit un succulent poulet qu’elle posa entre nous. J’attrapai un morceau avec délectation tandis que la rouquine posa une aile dans l’assiette qu’elle présenta à ma tante.

« Avez-vous fait bon voyage? Me demanda-t-elle sans poser le moindre regard sur la nourriture qu’il y avait en face d’elle.

-C’était bien long, dis-je en arrachant une grande bouchée, mais je suis ravi de pouvoir enfin vous revoir cela faisait tellement longtemps.

Elle prit le verre de crystal qui était en face d’elle et vida d’un trait son contenu.

-En effet. »puis reposa violemment le verre.  La table trembla un instant devant ce soudain et inexplicable accès de rage avant de redevenir immobile.

« Ah oui ou en étais-je me dit-elle en reprenant conscience. Comment va ma très chère sœur?

Je gardai la fourchette en l’air, et avalai avec difficulté la nourriture que j’avais dans la bouche. Je regardai autour de moi, la salle était à l’image du reste de la maison, passé, fané. La tête d’un énorme cerf nous contemplai d’un œil vide. Les flammes des bougies du chandelier vacillaient dangereusement. Le vent soufflait insidieusement dans les murs et nous frigorifiait.

- Elle va bien répondis-je,troublé.  J’attendais de savoir ce que ma tante allait répondre mais elle se contenta d’ausculter le fond de son verre, a la recherche d’une vaine réponse.

-Tant mieux, dit-elle, tant mieux ».

Tante Eleonor me fit monter les deux étages du manoir qui me menait aux chambres,  et m’ouvrit la porte d’une belle pièce propre pour l’occasion. Les draps étaient lavés, il y avait de quoi me faire une petite ablution, il y avait même une cheminée qui attendait d’être mise à contribution. Après tous les efforts endurés le long de cette matinée, le lit me semblait une solution bien agréable, mais la journée  n’était toujours pas finie. Je posai mes valises près de ma commode et me résolu à suivre ma tante dans ses discours. Elle me parla du manoir et de l’histoire qui l’avait façonné mais j’écoutais d’une oreille distraite ce que la vielle femme déblatérait. Je n’étais pas vraiment intéressé par l’histoire, que ce soit celle de mes ancêtres ou de quiconque d’ailleurs.

« Il faudra que je vous présente Elisabeth, me dit-elle en soupirant résignée, j’imagine que si vous comptez passer quelque temps ici je me dois de vous la présenter. »

Un vague souvenir me parvint en mémoire, peut-être ma mère, mentionnant ce nom. Le souvenir disparut aussi vite qu’il était venu et je rangeai dans un coin les questions qui me piquaient les lèvres.

-Bien alors ici nous avons quelques règles que j’aimerais que vous respectiez.

J’opinai aussitôt, prêt à n’importe quoi pour ne pas avoir à subir le reste de l’histoire de Fortolk.

« Nous prenons notre petit déjeuner à 7H30 précises, le déjeuner est à 1H00 et nous prenons un thé à 5H 05 . Le diner est à 7H30. »

La vie de bohème que je menais depuis quelques temps ne m’avait plus vu me lever avant la soirée, mes journée étant mes nuits. La perspective de devoir me lever aussi tôt ne m’enchantait guère mais il fallait bien que je fasse avec. Ma tante gardait-elle un trésor au fond d’un jardin abandonné? Il fallait que je m’en assure avant de m’enfuir du manoir.

-Bien, si vous voulez m’excuser, j’ai besoin de me reposer avant de reprendre mes activités, j’ai des choses à faire dans le manoir. » Et sur ce, ma tante disparut au fond d’un couloir sombre.

Je me retrouvai ainsi, seul, avec le manoir pour compagnon.

 

11
juil 2012
Posté dans Texte par nonobi à 1:35 | Pas de réponses »

Je posai la lourde valise qui m’accompagnait au sol, pris une goulée d’air, car ne n’avais pas l’habitude d’autant d’effort et posai les mains sur mes hanches. « Mais de quoi parlez-vous? Parlez-vous de ma tante? demandais-je aux enfants, qui c’est bien connu, ne comprennent rien aux histoires des adultes. Les enfants s’arrêtèrent de courir et me jaugèrent à leur tour. L’expression qui passa dans leur regard m’intrigua et me chagrina en même temps, si tant est que je puisse avoir ce genre d’empathie. Ce n’étaient plus des enfants qui me regardaient, mais des être désabusés, étranges et mélancoliques. Leurs visages étaient jeune mais leurs yeux semblaient bien, bien plus âgés. « Non monsieur, me répondirent-ils, l’Autre, c’est l’Autre la sorcière » et aussitôt, bien qu’un instant encore ils couraient comme de jeunes faons insouciants sous un soleil d’été, ils se rapprochèrent et se mirent à frisonner.

Les enfants croient vraiment n’importe quoi, pensais-je, puis je ne me sentis pas la patiente d’écouter plus longtemps leurs histoires. Je repris ma valise et continuai de marcher à travers le village jusqu’à la chapelle détruite. Les enfants, sans doute lassés de n’avoir pas pu me faire rentrer dans leur contes, ne me suivirent plus à partir de ce point.

La chapelle avait due être grande, ses fondations étaient en pierre mais de la bâtisse qui jadis avait du être imposante il ne restait que des ruines éparses. Des brins d’herbe ça et là avaient poussées entre les pierres, le cœur de la chapelle était douloureusement encore tracé sur le sol. Le temps venait à bout de tout me dis-je avec un brin de mélancolie.

Je suivis avec abnégation le chemin tracé derrière la chapelle. J’avais faim le jour d’avant, mais sans avoir rien mangé depuis la veille je me sentais affamé. Je continuais néanmoins ma route taraudé par la faim. Je crus ne jamais y arriver, j’avais beau marcher je ne voyais pas le bout de la route. Enfin je me retrouvais  devant un chemin qui s’élargissait de plus en  plus. Des arbres sans feuilles m’accueillirent et je compris que j’étais dans l’allée qui menait au manoir de ma tante.

Arrivé en bas des grilles, je pus mesurer la décrépitude des lieux. Les grilles rouillées s’ouvrirent sans difficulté quand je les poussais mais se fendirent d’une longue complainte métallique outrée.

Le manoir était grand, mais à l’image des grilles semblait sur le point de s’effondrer d’une minute à l’autre. Le toit était troué,  la peinture s’écaillait, ce qui apparaissait être un jardin était mourant et jusqu’à la porte d’entrée personne ne vient me souhaiter la bienvenue. Je n’imaginai pas une fanfare pour ma visite mais tout de même j’avais poussé l’effort jusqu’à me fendre d’un courrier annonçant ma venue. Je n’avais reçu comme réponse qu’une lettre d’acceptation sans joie.

Je poussai la porte du manoir, et atterrit dans l’entrée de la maison. L’entrée avait du avoir fière allure, il y a de cela quelques décennies. Le sol en marbre était richement décoré, l’entrée était grande et spacieuse. Un immense escalier courait dans les tréfonds du manoir. Tout cela aurait pu être parfait si l’ancienne richesse de la demeure n’était pas enterrée sous une poussière et des toiles d’araignée. Je me demandais un instant s’il y avait quelqu’un tout court dans le manoir, mais mes questions furent balayées bien vite par le bruit de claquettes que faisaient les pas rapides de chaussures à talon.

« William, je suis ravi de te revoir Me dit ma tante en me serrant vaguement dans ses bras.

Ma tante était étonnement la même que dans mes souvenirs. Ses cheveux poivres étaient parfaitement noués en un chignon strict duquel ne s’échappait aucune mèche. Elle n’était ni fine, ni opulente, mais son profil était cassé et droit comme un aigle et ses yeux brillaient d’un éclat qui ne m’inspiraient pas. Elle portait un long chandail gris qui lui tombait sur les hanches avec de longues franges tressées. Ses vêtements étaient parfaitement lisses, aucun pli ne venait perturber la robe noire qu’elle avait mise pour ma venue. Je me sentais à nouveau ce petit garçon, levant les yeux vers le visage fermé et austère de ma tante. En quoi avait-elle perdu la tête exactement, me dis-je, quand je renonçai à lui mentir sur la douleur qu’avait causé sa trop longue absence.

-Pardonne-moi, je n’ai pas pu venir t’accueillir comme il se doit, mais ici il y a tellement de choses à faire! J’ai l’impression qu’une fois la poussière nettoyée, une horde d’araignée vient envahir à nouveau la maison. » Elle s’enroula aussitôt dans son chandail marmonnant quelque malédiction à leur encontre et m’invita à la suivre.

 

10
juil 2012
Posté dans Texte par nonobi à 10:21 | Commentaires fermés

Il n’y avait dans la forêt aucun bruit. On n’entendait pas les oiseaux, ni les habituels animaux de la forêt. Il n’y avait dans les profondeurs de ces bois, que le terrifiant murmure du vent qui passait entre les branches. A l’entendre sans savoir il pouvait faire penser au râle d’un animal à l’agonie.

On aurait pû croire qu’il n’y avait aucune vie ici, pourtant, il y en avait. Oh, pas au sens ou nous l’entendons, pas dans l’écho de la rivière ni dans les feuilles qui mouraient au sol. Il y avait quelque chose de plus étrange ici, de plus secret.

Les enfants du village n’approchaient pas les bois, et les villageois toujours prompts à délier leur langues et faire courir les histoires les plus folles à son sujet traitaient avec respect la nature environnante.

Il ne fallut pas longtemps avant que mon destin ne m’ammène au village. J’avais l’intention de traverser le pays et d’y rejoindre ma tante, cette chère Eleonor. Elle avait perdu l’esprit depuis bien avant ma naissance mais ma foi elle disposait d’une jolie rente et je dois l’avouer avec un peu de honte, j’étais parti dans l’idée que son esprit embrumé puisse consentir à me laisser un peu profiter de cet argent inutilisé. Je n’avais pas bien compris encore dans quelle histoire je m’étais mis.

Le chemin était plutôt long et je sommeillais tant que ce peu dans la carriole. Les pavés de la ville firent bientôt place à un sol accidenté et caillouteux, et je ne me sentais pas vraiment à l’aise balloté ainsi tout le long. Nous nous arrêtâmes enfin le soir, à l’entrée du village et je pus tout de suite constater l’évident isolement dont il faisait preuve. Il n’y avait pas les bruits incessants de la ville ni cet éternel flot de passant que j’y croisais le long de mes pérégrinations nocturnes. Le soleil s’était couché depuis un bout de temps, aussi mon chauffeur bien aimable m’accompagna à l’auberge en tenant une lampe allumée à la main. J’avais froid, j’avais faim et j’avais sommeil.

L’auberge dans laquelle nous entrâmes n’avait rien de chaleureux et les gens qui m’accueillirent semblaient plus ennuyés qu’intimidés face à la vue d’un citadin. J’essayais vainement de sourire: je voulais avoir l’air de bon aloi mais , eh bien autant les citadines tombaient dans mon piège, autant la tenancière semblaient immunisée à mes charmes. Elle ne répondit à mes formules de politesse que par un sourire poli mais froid.  Je rangeais donc ma panoplie de parfait gentleman et pris une chambre pour la nuit. Je remerciais du bout des lèvres mon chauffeur, qui disparut dans un bruissement de cape, sans que je puisse même voir son visage.

La chambre que l’on me donna à l’étage était spartiate mais suffisante, et il ne me fallut pas longtemps avant de sombrer dans un profond sommeil. Avant de partir rejoindre Morphée, j’essayai de m’imaginer quel discours extravagant j’aurais pu faire afin de soutirer ce précieux argent qu’il me manquait tant. Je n’eus pas aussitôt commencé mes réflexions que mon esprit se perdit dans les limbes des rêves.

Le matin arriva bien vite à mon gout et je me rendis en bas afin de réclamer ma pitance. Le bol que l’on me servit suffit à me couper l’appétit, j’optais donc pour un départ rapide mais bienheureux de l’auberge. Je demandais à la tenancière ou se trouvait le manoir de Fortolk, j’expliquai sans grand enthousiasme qu’il me fallait y rejoindre de la famille. La femme m’adressa un sourire narquois et m’indiqua le chemin qu’il fallait que j’emprunte afin de m’y rendre. Je demandais s’il fallait que je prévois un cheval éventuellement pour m’y rendre, mais elle resta évasive sur le sujet. « Vous n’aurez qu’à suivre le sentier qui est à l’autre bout du village, derrière la chapelle en ruine, vous en aurez pour une demie -journée de marche. » « Une demie journée de marche? Lui répondis-je, déjà fatigué à l’idée de devoir me mouvoir aussi longtemps sans monture, puis je questionnais: une chapelle en ruine me dites-vous? » Le regard qu’elle me lança suffit à refréner mes ardeurs. « Bien, dis-je dans ce cas j’y vais de ce pas ». Une fois à la porte de l’auberge, la dame me lança: « surtout, ne rentrez pas dans cette forêt, elle est maudite,  restez dans le sentier et ne vous en approchez pas ». Puis elle retourna aux cuisines, occupée à une quelconque affaire.

« Ah, les villageois et leurs manières de campagnard » pensais-je, avant d’ajuster mon chapeau sur la tête. Je sortis donc confiant et traversai le village d’un pas décidé vers la manoir de ma tante.

Oserais-je l’avouer? J’avais mis le peu fortune que ma mère m’avait léguée dans une entreprise hasardeuse, berné par le discours mielleux d’un ami pensais-je. Aussitôt l’argent envolé je m’étais retrouvé sans le sou. J’aurais pû éventuellement me refaire une quelconque santé dans le métier que mes parents avaient insisté que j’apprenne, mais je n’étais pas fait pour les papiers et les calculs. J’avais beau trainer avec moi une éternelle tristesse inassouvie,  je dépensais l’argent que je n’avais pas dans les plaisirs du soir et les femmes de peu de vertus qui déambulaient le long de certaines rues. Au printemps dernier je rencontrais Théodora, une adorable jeune femme dont les parents ne semblaient pas autant dans le besoin que moi. Théodora, brune rieuse aux yeux amandes semblait me vouer un amour bien sincère bien qu’incompréhensif pour moi. Elle n’était pas déplaisante, mais je m’ennuyais bien vite en sa présence. Son père se prit d’une affection pour moi qui me laissai un peu perplexe, puis je compris quand il m’apparut évident qu’il me faudrait contracter un mariage. Je décidais d’aller voir ma tante et d’y quémander un peu d’argent. Je n’avais pas l’intention de me caser tout de suite et il me fallait d’abord payer mes dettes, puis d’une manière ou d’une autre commencer ma vie.

C’est ainsi que je traversai ce morne village, accompagné dans ma marche par quelques enfants turbulents qui couraient autour de moi. Les enfants étaient en guenille, mais vifs et pleins de vie. Je les regardais du coin de l’oeil, envieux devant leur insouciante jovialité. Il n’y avait pourtant pas de quoi rire, les champs environnants semblaient desertés, le vent glacial soufflait cruellement sur un horizon plat et terriblement uniforme. Seule la foret cassait le paysage, mais obeissant au commandement stupide de la femme, je n’y rentrait n’y ne me m’approchai. Chose étrange, les enfants non plus.

« Vous allez voir la vielle Eleonor monsieur? Me dirent-ils. « oui, répondis-je, laconique, « Faites attention à la sorcière du manoir, c’est à cause d’elle que plus personne ne peut rentrer dans ces bois. »

 

 

 

10
juil 2012
Posté dans Texte par nonobi à 11:02 | Commentaires fermés

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5
juil 2012
Posté dans Non classé par nonobi à 12:03 | Commentaires fermés

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Et Troll i fjordene |
Sandra Noël |
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